Au début, c'est un lac bleu, calme et lisse, au petit matin. Puis, une grande étendue blanche et gelée. Neige. Le traîneau tintinnabulant glisse gaiement. On entend des chants répétitifs, vifs et entêtants. Des militaires ? Russes oui, mais aussi peut-être dans le lointain, des Français. Clochettes, tambourins, le folklore paysan reprend le dessus. Mais pas de doute à présent, cette Marseillaise bleue blanc rouge, c'est bien elle. Elle enfle, tournoie, inquiétante, inquiète ? Tourbillon ; un apaisement et puis la bataille reprend, tout sans dessus dessous (sang dessus dessous). Borodino ou la Moskowa : le dernier verrou avant Moscou a sauté. Victoire française ? Oui, diraient ceux qui comptent les morts de part et d'autres -deux pour un ; non répondraient le général Koutouzov et Tolstoi en cœur. La Marseillaise tombe, tombe, tombe. Déprimée. Elle n'en finit plus de déglinguer ses rouges et ses bleus, de se désespérer et de douter d'elle-même, harcelée par les Cosaques, chassée à la fin. Hymne impérial, cloches, canons, salves : la victoire est un feu d'artifice rouge !
Novembre 2016 - Republié Janvier 2018- Voir série A http://www.claudine-laplace.com/dossier.php?dossier=60&n=2
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